Syndrome de la personne qui garde tout : nom et caractéristiques du trouble

2,4 % de la population adulte serait concernée par un trouble d’accumulation pathologique, mais la plupart des cas restent invisibles, camouflés derrière des portes closes et des silences épais. Quand la passion pour les objets vire à l’envahissement, le quotidien bascule, et le simple fait de jeter un reçu ou un vieux journal devient un défi insurmontable. Rien à voir avec un simple goût pour la brocante ou la nostalgie : ici, l’accumulation déborde, s’incruste, étouffe, jusqu’à faire vaciller l’équilibre d’une vie et transformer un appartement en terrain miné.

Dans certains cas, l’accumulation compulsive d’objets au sein d’un logement peut aboutir à une insalubrité extrême, passant souvent inaperçue jusqu’à l’intervention des services sociaux ou médicaux. Le phénomène ne se limite pas à une simple préférence pour la conservation d’objets mais s’inscrit dans une dynamique pathologique reconnue par la communauté médicale.

Des critères diagnostiques précis permettent de distinguer ces comportements d’autres troubles psychiatriques. Les conséquences sanitaires, sociales et psychologiques dépassent largement le cadre privé et soulèvent des enjeux majeurs de santé publique.

Syndrome de Diogène et syllogomanie : de quoi parle-t-on vraiment ?

Le syndrome de Diogène ne se réduit pas à un simple désordre ou à une petite manie d’accumulation. Il s’agit d’un trouble complexe, où la personne amasse tout et n’importe quoi, journaux, emballages, objets sans valeur,, quitte à rendre son logement invivable. À cela s’ajoute bien souvent un abandon total de l’hygiène, autant corporelle que domestique. Longtemps cantonné aux personnes âgées, ce syndrome peut pourtant toucher des profils très variés, sans distinction d’âge ou de milieu social.

La syllogomanie, moins connue du grand public, désigne elle aussi une tendance à garder compulsivement, à tout collectionner sans pouvoir se résoudre à se séparer du moindre objet. Mais contrairement au syndrome de Diogène, la syllogomanie n’implique pas forcément un retrait social massif ni une négligence extrême de l’hygiène. Les deux troubles partagent toutefois le même terreau d’accumulation pathologique et s’inscrivent dans le vaste champ des troubles obsessionnels compulsifs (TOC), selon les critères du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM).

Pour mieux comprendre la diversité des formes que peut prendre l’accumulation, voici quelques variantes courantes :

  • la bibliomanie, où les livres s’entassent jusqu’à envahir chaque recoin ;
  • le syndrome de Noé, qui concerne l’accumulation incontrôlée d’animaux domestiques ;
  • et la collecte sans distinction d’objets usagés du quotidien.

Derrière ces attitudes, on retrouve souvent une angoisse profonde, la peur de manquer, ou la conviction que chaque objet pourrait servir un jour. La différence entre syndrome de Diogène et syllogomanie n’est, dans la réalité, pas toujours bien tranchée : les frontières se brouillent, et l’accumulation se mêle à d’autres troubles psychiques. Les professionnels s’appuient sur l’observation, les entretiens approfondis et les classifications internationales pour poser un diagnostic précis et proposer une réponse adaptée.

Pourquoi ces troubles de l’accumulation restent-ils méconnus et stigmatisés ?

Le manque d’information sur le syndrome de Diogène et la syllogomanie s’explique d’abord par la difficulté à reconnaître la dimension pathologique de ces comportements. Beaucoup de personnes concernées préfèrent parler de collection ou d’attachement sentimental plutôt que de trouble, ce qui rend le diagnostic plus délicat. L’isolement s’accentue sous le poids d’une stigmatisation persistante : l’accumulation excessive reste assimilée à une question de paresse, d’incapacité à gérer son quotidien, ou de désorganisation volontaire.

Faire la part des choses n’est pas simple pour le corps médical non plus. Les tableaux cliniques sont variés, les situations rarement identiques. Pendant longtemps, l’accumulation pathologique n’a même pas figuré dans les manuels de référence. Ce n’est qu’en 2013 que le manual diagnostique et statistique (DSM-5) l’a officiellement reconnue, et la formation des soignants demeure inégale. Résultat : les statistiques sont largement sous-évaluées, car beaucoup de personnes préfèrent se taire ou s’enfermer dans le secret.

Facteurs favorisant le silence

Plusieurs éléments contribuent à ce silence et à la sous-détection des troubles d’accumulation :

  • Isolement social : avec le temps, les liens s’étiolent, l’entourage se réduit, et toute intervention extérieure devient difficile.
  • La peur d’être jugé et la honte, qui freinent la démarche de demande d’aide.
  • Le manque de visibilité médiatique autour de ces maladies, comparé à d’autres troubles psychiques mieux connus.

Ce regard social témoigne d’une difficulté collective à considérer la santé mentale comme une réalité médicale à part entière. Même les rares études épidémiologiques peinent à mesurer l’ampleur du phénomène. Les dispositifs d’accompagnement restent encore trop souvent limités, renforçant l’isolement des personnes affectées par ces troubles du comportement.

Reconnaître les signes : symptômes, profils concernés et conséquences sur la santé

Détecter un syndrome de Diogène ou une syllogomanie n’est pas si simple. Les premiers signes, souvent discrets, prennent de l’ampleur avec le temps : accumulation d’objets les plus divers, bibelots, piles de vêtements, journaux, parfois même déchets, jusqu’à rendre la circulation difficile dans le logement. L’environnement devient vite saturé, invivable.

Les personnes âgées sont les plus fréquemment concernées, mais personne n’est réellement à l’abri. On observe souvent une dégradation de l’hygiène corporelle, une organisation du quotidien qui s’effondre, un repli sur soi qui se marque de plus en plus. Dans certaines situations extrêmes, l’isolement est total, parfois accompagné d’une accumulation d’animaux (syndrome de Noé).

Voici les symptômes les plus fréquemment observés :

  • incapacité à se défaire de ce qui semble inutile ;
  • refus d’admettre la gravité de la situation ;
  • désintérêt progressif pour l’hygiène et la santé ;
  • éloignement familial et social, rupture des liens de proximité.

Les conséquences ne se limitent pas à l’encombrement de l’espace de vie. L’accumulation pathologique entraîne de sérieux risques sanitaires : développement de nuisibles, insalubrité, fragilisation du bâti. La santé est directement menacée : infections, chutes répétées, malnutrition, aggravation des maladies chroniques. Le syndrome de Diogène s’inscrit souvent dans le contexte de troubles obsessionnels compulsifs, mais peut aussi survenir sur fond de dépression ou de démence. La vigilance des proches et des professionnels s’avère précieuse, car ces signaux restent longtemps cachés par la honte ou le secret.

Homme âgé tient un vieux train en bois dans un local de stockage

Quelles solutions pour accompagner et traiter les personnes qui gardent tout ?

Prendre en charge la syllogomanie ou le syndrome de Diogène demande une mobilisation collective. Les professionnels de santé, psychiatres, psychologues, médecins généralistes, sont en première ligne pour évaluer la situation, poser un diagnostic, et proposer un accompagnement sur mesure.

La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) s’impose aujourd’hui comme une approche de référence. Elle aide à déconstruire les mécanismes d’accumulation et à retrouver une relation plus détendue à l’objet. En parallèle, la prescription d’antidépresseurs ou d’anxiolytiques peut être indiquée si des troubles anxieux ou dépressifs sont associés.

Mais l’intervention ne s’arrête pas à la sphère médicale. Les services sociaux jouent un rôle clé : ils interviennent pour évaluer la situation et activer les aides nécessaires. L’appui d’un accompagnement à domicile s’avère souvent indispensable, de même que l’intervention de spécialistes du nettoyage professionnel pour réhabiliter l’habitat. Dans certains cas, le signalement à la mairie devient incontournable pour garantir la salubrité et la sécurité des lieux.

Lorsque la honte et le déni dominent, instaurer la confiance prend du temps. Il s’agit d’accompagner sans brusquer, d’avancer pas à pas, en respectant le rythme de la personne. Le soutien de l’entourage, l’intervention coordonnée des professionnels, la patience : tout repose sur un travail d’équipe, sur la durée. C’est ce réseau solide qui rend possible un accompagnement digne, sans jugement, et donne une chance réelle à la reconstruction.

Face à la tentation de tout garder, la société doit aussi apprendre à déverrouiller ses propres portes : celles de la compréhension, de la solidarité et d’un regard enfin affranchi des préjugés.

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