Vacciner une personne bélénophobe sans stress ni panique

Dire que la belénophobie n’existe qu’en marge serait une erreur grossière. Cette peur viscérale des aiguilles, et plus largement de tout objet pointu, peut transformer la simple évocation d’un vaccin en épreuve. Selon le psychothérapeute Rodolphe Oppenheimer, il s’agit d’une angoisse qui dépasse de loin un simple malaise passager : la résistance face aux seringues, aux tests sanguins, mais aussi à toute intervention potentiellement piquante, devient systématique. La vaccination, pour ces personnes, ressemble à un parcours d’obstacles. Mais une innovation venue des Pays-Bas s’apprête à rebattre les cartes.

Il existe désormais une piste concrète pour celles et ceux dont la peur de l’aiguille est insurmontable. Des chercheurs néerlandais travaillent sur un dispositif d’injection sans aiguille, imaginé pour rendre la vaccination presque imperceptible et surtout, indolore. Cette avancée n’est pas qu’un simple gadget : elle pourrait permettre à des milliers de personnes de recevoir leurs injections sans cette appréhension paralysante. Le principe ? Remplacer la piqûre par un jet ultra-rapide, si précis que la peau ne perçoit quasiment rien.

Technologie néerlandaise

David Fernandez Rivas, professeur à l’Université de Twente et partenaire de recherche au sein du Massachusetts Institute of Technology, lève le voile sur cette technologie qui pourrait bouleverser notre façon de recevoir des vaccins. Le « pistolet à bulles », comme on l’appelle déjà, propulse le liquide à travers la peau grâce à l’action d’un laser. L’injection, elle, ne dure qu’un éclair : moins de temps qu’il n’en faut à un moustique pour se poser.

Le résultat ? Un geste plus furtif que la piqûre d’un insecte, et surtout, dépourvu de douleur selon ses concepteurs. Les terminaisons nerveuses, habituellement sollicitées lors d’une injection classique, restent ici tranquilles. Difficile d’imaginer plus rassurant pour les personnes qui redoutent ces instants. L’explication technique est limpide : « En une milliseconde, le verre qui renferme le liquide est chauffé par un laser. Une bulle jaillit, propulsant le contenu à plus de 100 km/h », détaille Fernandez Rivas. La solution, aussi rapide qu’efficace, repousse les limites du possible.

Aide au vaccin, mais pas seulement

Au-delà du soulagement pour les personnes sujettes à la belénophobie, cette technologie ouvre d’autres perspectives. Avec un système quasiment sans contact, le liquide ne pénètre pas le sang directement, le risque de contamination croisée via des aiguilles usagées s’effondre. Ce n’est pas tout : le traitement et l’élimination des aiguilles, problématiques et coûteux à grande échelle, pourraient devenir de l’histoire ancienne.

    Voici ce que ce dispositif permettrait :

  • Réduire la transmission de maladies liées à la réutilisation des aiguilles
  • Limiter le volume de déchets médicaux complexes à gérer
  • Faciliter l’accès à la vaccination pour les personnes phobiques ou anxieuses

Les tests sont en cours

Les premiers essais ont été menés sur des échantillons de tissus, soutenus financièrement par l’Union européenne. Les étapes suivantes se dessinent déjà : une demande de financement supplémentaire vise à lancer les premiers tests cliniques sur des volontaires. L’objectif ? Affiner la technologie, la sécuriser, et préparer sa commercialisation. Une jeune entreprise se mobilise déjà pour accélérer la collaboration avec l’industrie pharmaceutique et transformer ce prototype en solution accessible.

Disponibilité en trois ans

Comme pour toute percée médicale, l’attente sera de mise. Le pistolet à bulles ne sera pas disponible du jour au lendemain. Il faudra patienter entre un et trois ans pour espérer le voir débarquer dans les cabinets, les centres de santé ou les pharmacies. Les protocoles doivent être respectés, les essais validés, les certifications obtenues. Mais dans un pays où une personne sur cinq redoute sérieusement les injections, ce délai paraît presque court au regard des espoirs soulevés.

En parallèle, les chercheurs néerlandais poursuivent leurs travaux sur cette technologie laser qui ambitionne d’effacer la douleur des injections. Il y a peu, la peur des aiguilles semblait relever du détail. Mais la pandémie de Covid-19 a bouleversé la donne. Avec la multiplication des campagnes de vaccination, cette phobie s’est invitée dans le débat public, freinant parfois l’accès aux soins pour des personnes à risques. Alors, imaginer un futur où vacciner ne rime plus avec piqûre de stress, ce n’est plus une utopie. C’est la promesse d’un geste devenu banal, sans sueur froide ni main crispée sur l’accoudoir. Reste à voir si la médecine tiendra bientôt cette promesse, et si la bélénophobie cessera d’être un obstacle insurmontable à la protection de tous.

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