La mort à hauteur d’enfant

Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout là où je suis. Victor Hugo

Quoi de plus terrible pour un enfant que de perdre un de ses parents. Et pour le parent orphelin de devoir lui annoncer la cruelle nouvelle. Trouver les bons mots. Expliquer, y revenir. Rassurer sans museler son chagrin. Un événement qui renvoie à notre condition de simples mortels mais aussi à l’enfance, ce temps presque béni ou rien de vraiment grave ne peut raisonnablement arriver. Malheureusement, dans la vraie vie, nous savons tous qu’entre les maladies pas toutes curables et les accidents, par essence imprévisibles, nul ne peut raisonnablement se targuer d’être à l’abri. 

Hier après-midi, le papa de Lucien (prénom modifié) presque 11 ans est mort des suites de maladie. Un sale cancer qui abime et terrasse en dépit des traitements. Il s’est accroché, à multiplié les thérapies avec un moral de guerrier qui force le respect. Pourtant, depuis le 16 décembre, sa femme sait que son compagnon est en train de perdre son combat… 

Elle l’a dit quelques jours plus tard à son fils avec des mots bien choisis pour faire la nique au mensonge. L’enfant l’a écoutée et puis s’en ai retourné jouer comme si de rien n’était. C’était 24h après Noël. Son père venait le matin même d’être hospitalisé en urgence à la suite d’une hémorragie du foie. Lucien n’a pas eu envie d’aller le voir à l’hôpital. La psy qui suit Lucien a conseillé à sa maman de ne rien forcer. En fin de séance, elle a ajouté : ça serait bien que votre fils – s’il en éprouve le besoin – aille dire au revoir à son papa. Lucien a décliné. Sa mère a respecté son choix et décidé de ne plus lui en reparler, espérant sans doute qu’il changerait d’avis. 

Quelques jours plus tard, son mari est mort. En rentrant de l’hôpital, sans réussir à refouler ses larmes, elle lui a annoncé la nouvelle. Lucien n’a pas pleuré. Ce matin, il est allé jouer au foot avec ses copains comme il le fait tous les dimanches matins. Une maman, amie de la famille avoue avoir ressenti la même boule au ventre que le jour ou elle a du annoncer à son fils le décès brutal de son papa, sept ans auparavant. Apprenant la mort du papa de Lucien, son fils, lui, a beaucoup pleuré, anéanti par avance par le chagrin qu’allait vivre son super copain. Sa mère n’a pas su comment atténuer sa peine.

Il y a un peu plus d’un an, la voisine du quatrième étage a perdu son compagnon des suites d’un choc septique foudroyant. Ses enfants, âgés de 3 et 6 ans n’ont pas compris pourquoi leur père si vaillant le matin même ne rentrerait plus jamais à la maison. Il avait moins de quarante ans. Ma fille de 16 ans qui les gardait de temps à autre est revenue du baby-sitting en larme. Au moment de sonner à leur porte, elle a entendu l’ainé des enfants crier d’un ton joyeux : maman, c’est papa, il est revenu ! Ils ont finalement mis un an à comprendre ce que mourir signifiait.

Les histoires d’enfants prématurément orphelins sont toutes tragiques et cruelles. Avant 6 ans, l’enfant a beaucoup de mal à réaliser ce qu’est la mort. Au point parfois de penser que le parent défunt va bientôt revenir, un peu comme un jeu d’enfant. Après 6 ou 7 ans, il ou elle réalise le côté irréversible de la mort. Après, selon l’âge et la personnalité de l’enfant, il y a mille et une façons de vivre le deuil d’un parent. Certains semblent plus doués pour exprimer leur chagrin; d’autres nient ou refoulent la perte en attendant de pouvoir l’affronter. D’autres encore choisissent la colère…

Il n’y a évidemment pas de formule magique ni de bonne manière pour continuer à vivre sans… Se faire aider par un(e) pédopsychiatre ou un(e) thérapeute peut être une bonne option. D’autant que les enfants sont eux aussi doués pour enterrer leurs émotions. Tenter de partager les bons souvenirs, raconter, y revenir et même si cette mort restera toujours douloureuse et injuste, compter sur le temps qui atténue le chagrin et cicatrise les plaies.



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